VACCINATION ANTIGRIPPALE ET COVID-19

VACCINATION ANTIGRIPPALE ET COVID-19 19 novembre 2020

LE POINT DE VUE DU PÉDIATRE

 La vaccination contre la grippe prend toute son importance en cette période de pandémie due à la Covid-19. Elle est largement recommandée par l’OMS et les sociétés savantes pédiatriques pour éviter les co-infections avec la Covid-19 et pour soulager les structures de santé déjà fortement sollicitées avec la pandémie actuelle.

 

Doctinews N°137 Novembre  2020

   Par le Pr Ouazzani TOUHAMI MAKINE

pédiatre- secteur libéra Casablanca 


La grippe est une affection très fréquente et très contagieuse qui peut être grave, voire mortelle. Elle demeure un problème de santé publique dans de nombreux pays. Chaque année, la grippe saisonnière sévère touche 3 à 5 millions de personnes à travers le monde, entrainant le décès de 250 000 à 650 000 d’entre elles (1). La vaccination contre la grippe saisonnière revêt toute son importance en cette période de pandémie dûe à la Covid-19 car il existe un risque de double épidémie pendant l’hiver et qui pourrait être limité par la vaccination, évitant ainsi beaucoup de désagréments et de surcharge des structures de soins (3,6,7,8).

PARTICULARITÉS CLINIQUES DE LA GRIPPE CHEZ LE NOURRISSON ET L’ENFANT

La grippe peut revêtir plusieurs aspects cliniques en fonction de l’âge, du terrain de l’enfant et de la virulence du virus. Chez l’enfant, la forme commune classique est caractérisée par une fièvre, une congestion nasale, voire une rhinorrhée, des céphalées, une asthénie, des douleurs musculaires et des arthralgies. Chez le nourrisson, les signes cliniques sont aussi bien respiratoires qu’extrarespiratoires, d’intensité très sévère lorsque l’enfant est petit (fièvre élevée, adénopathies latérocervicales, éruption cutanée, vomissements, diarrhée, tachycardie, dyspnée, tirage intercostale et, plus sévèrement, léthargie). Les complications respiratoires sont l’apanage du très jeune nourrisson et des enfants porteurs de maladies chroniques.

INTÉRÊT DE LA VACCINATION ANTIGRIPPALE

Devant la gravité de la grippe chez l’enfant, l’intérêt de la prévention ne se discute pas (9). En effet, la vaccination est le moyen de protection le plus efficace, à condition bien sûr que la souche vaccinale corresponde à la souche virale circulante. A la différence des années précédentes où le vaccin contre la grippe saisonnière était un vaccin trivalent, inactivé et injectable, le vaccin qui sera disponible cette année au Maroc sera un vaccin quadrivalent inactivé. Il doit être administré en 2 doses lors de la primovaccination à un mois d’intervalle pour les enfants de moins de 9 ans et une dose pour les enfants l’ayant déjà reçu ou âgés de plus de 9 ans. Actuellement, il est admis de donner une dose et non la ½ dose (11). La vaccination doit se faire avant le début de la saison grippale, en général quelques semaines avant l’hiver. Elle doit être répétée chaque année car, d’une part, de nouvelles souches de virus sont susceptibles de circuler et, d’autre part, la protection conférée par les anticorps post-vaccinaux, même si les souches sont identiques, n’est pas durable. Ce vaccin est même recommandé chez la femme enceinte, quel que soit le stade de gestation. En effet, il a été démontré que la vaccination de la femme enceinte protège le nourrisson contre la grippe durant les six premiers mois, période pendant laquelle la grippe peut être grave, voire mortelle (9). Il peut même être administré à l’enfant allergique à l’œuf car, bien qu’il soit cultivé sur œufs embryonnés de poulet, le vaccin contient des quantités infimes de protéines d’œuf et ne déclenche pas plus de réaction, surtout s’il contient moins de 1,2 microgrammes par ml d’ovalbumine (2).

INDICATIONS DE LA VACCINATION CONTRE LA GRIPPE SAISONNIÈRE

Si la vaccination contre la grippe est recommandée chaque année pour les personnes âgées de 65 ans et plus, ses indications ont été élargies. Ainsi, elle est aujourd’hui indiquée aux enfants à partir de l’âge de 6 mois atteints de maladies chroniques (maladies pulmonaires, cardiopathies congénitales, insuffisance cardiaque, déficit immunitaire, diabète, néphropathie chronique, drépanocytose, syndrome de Kawasaki), à l’entourage familial des nourrissons âgés de moins de 6 mois et présentant des facteurs de risque de grippe grave, aux professionnels de santé ou tout professionnel en contact régulier et prolongé avec des personnes à risque de grippe sévère, en plus des circonstances actuelles de la Covid-19. D’où l’intérêt des campagnes d’information et de sensibilisation auprès du grand public et des professionnels de santé pour lever les réticences concernant cette démarche.

VACCINATION ANTIGRIPPALE ET PANDÉMIE DUE À LA COVID-19

Plusieurs pays et sociétés savantes se sont prononcés sur l’importance et la nécessité de la vaccination antigrippale en ces temps de crise sanitaire (5).

En Grande-Bretagne et aux Etats-Unis

En Grande-Bretagne, qui a été l’un des pays d’Europe les plus fortement touchés, la vaccination est recommandée et gratuite pour les femmes enceintes, les personnes âgées de plus de 50 ans et les enfants âgés entre 2 et 11 ans. L’objectif est d’atteindre l’immunisation de la moitié de la population. Pour ce faire, le pays disposerait actuellement de suffisamment de vaccins pour protéger 75% de la population ciblée. Aux Etats-Unis, l’objectif fixé est la vaccination de 65% de la population et une atténuation des fortes disparités qui existent en fonction des communautés. Pour faciliter l’accès au vaccin, le remboursement est promis par la très grande majorité des assurances.

En France

En France, les appels émanant de différentes institutions se multiplient. Ainsi, l’Académie Française de Médecine recommande depuis le 13 mai 2020 de renforcer la vaccination contre la grippe et de généraliser la vaccination contre le rotavirus responsable de gastro-entérites chez les nourrissons (6). Le but est à la fois de diminuer le fardeau sanitaire que représentent ces infections virales et d’éviter aux médecins de devoir sans cesse écarter un diagnostic de Covid-19. En effet, 15 à 30% des enfants hospitalisés ou vus en consultation pour Covid-19 ont des signes digestifs, notamment la diarrhée, ce qui rend très difficile le diagnostic différentiel avec les gastro-entérites à rotavirus. A noter que cette vaccination contre le rotavirus n’est toujours pas obligatoire en France malgré les appels des pédiatres et la balance bénéfice-risque favorable. Il est à souligner qu’au Maroc, cette vaccination a été introduite dans le programme national d’immunisation en 2010. Par ailleurs, 20 sociétés savantes françaises de pédiatrie ont recommandé, dans une lettre ouverte publiée le 20 août dernier, de renforcer la vaccination contre la grippe saisonnière et ont insisté sur le fait que si le SARS-Cov2 continue de circuler cet hiver, il va obligatoirement s’ajouter aux virus saisonniers habituels (VRS, grippe, rotavirus). Des difficultés sont donc à prévoir pour les jeunes enfants qui sont chaque hiver particulièrement touchés par ces virus, notamment ceux vivants en collectivité. Il existe donc un risque de double épidémie pendant l’hiver qui pourrait être limité par la vaccination (7). Pour sa part, Infovac France a rappelé, dans ses bulletins mensuels, la nécessité de ne pas retarder en cette période de pandémie les vaccins obligatoires (coqueluche, méningites à haemophilus ib, pneumocoque, méningocoque, rotavirus et rougeole) et l’importance de la vaccination anti-grippale (6,7).

Au Maroc

Au Maroc, le ministère de la Santé, la Société marocaine des sciences médicales (SMSM), la Société marocaine de pédiatrie (SMP), la Société marocaine d'infectiologie pédiatrique et de vaccinologie (SOMIPEV), Infovac Maroc et les sociétés régionales de pédiatrie se sont mobilisés pour inciter à une large vaccination antigrippale. La SMP, Infovac Maroc et la SOMIPEV se sont également activés pour inviter les parents à mettre à jour les vaccinations recommandées et d’envisager plus largement les vaccinations complémentaires, en premier lieu la vaccination contre la grippe, maladie à recrudescence épidémique chaque hiver et dont les signes cliniques pourraient être difficiles à distinguer du SARS-Cov2 (8). Il est à noter que plusieurs webinars ont été consacrés à cette thématique, en particulier celui du 25 juillet dernier et qui a été organisé par la SMSM et Infovac Maroc en partenariat avec le ministère de la Santé (10). Ce webinar a permis de rappeler le rôle important de la vaccination contre la grippe saisonnière et les infections pneumococciques et la gravité de la grippe pour les personnes atteintes de maladies chroniques, les femmes enceintes, les personnes âgées et les enfants. Il a été également l’occasion d’insister sur le fait que le vaccin antigrippal n’est pas efficace contre la Covid-19 mais fait partie des scénaris préventifs à côté des autres mesures de prévention mises en application. A signaler que la pandémie ne contre indique aucune vaccination. Un autre webinar, organisé le 4 septembre dernier par la SMSM, la SMP, la Société marocaine de pédopsychiatrie et professions associées (SMPPA), la SOMIPEV, les sociétés régionales de  pédiatrie et Infovac Maroc et consacré à la rentrée scolaire, a permis de mettre l’accent sur la mise à jour du carnet de vaccination et sur la vaccination antigrippale. Il a été ainsi recommandé « de vacciner contre la grippe les enfants entre 6 mois et 5 ans (OMS) et les enfants à risques et, en raison des circonstances actuelles de Covid-19, d’élargir autant que possible cette vaccination aux autres enfants, tout en expliquant aux parents que le vaccin contre la grippe permettra d’éviter les coinfections avec la Covid-19, de soulager le système de santé et de faciliter le diagnostic différentiel devant les infections respiratoires de l’enfant » (11). Nous tenons par ailleurs à saluer l’implication active des médias audio-visuels et de la presse écrite dans l’information et la sensibilisation du grand public à l’importance de la vaccination contre la grippe et leur accompagnement des sociétés savantes dans ce sens.

RÔLE DU PÉDIATRE

Malgré les progrès techniques, la gravité de la maladie, la disponibilité d’un vaccin efficace et bien toléré, son prix abordable, voire sa gratuité même dans certains pays et les multiples campagnes de sensibilisation, le taux de couverture vaccinale reste faible. A cela plusieurs explications : l La grippe est considérée comme une maladie bénigne ; l L’information est insuffisante sur la gravité et non ciblée sur les personnes à risque ; l La méfiance à l’égard des vaccins et la démobilisation toujours présentes, consécutives aux effets néfastes de la campagne H1N1 ; l Le calendrier est déjà chargé entre vaccins obligatoires et vaccins recommandés ; l Le refus d’une agression douloureuse supplémentaire ; l La perception que les bénéfices du vaccin ne justifient pas les risques ; l L’implication insuffisante des professionnels de santé. D’où le rôle essentiel du pédiatre qui, avec motivation, va vaincre les réticences, convaincre du bien fondé de la vaccination, informer, expliquer l’intérêt de la vaccination, réassurer et rétablir le climat de confiance (4). Il pourra ainsi assurer une prévention efficace contre la grippe de l’enfant qui demeure fréquente avec, par ailleurs, des formes graves, voire mortelles dans certains cas. Rappelons que le vaccin peut être proposé de septembre à février. Outre les enfants, les professionnels de santé, les parents et l’entourage sont appelés également à se faire vacciner. Enfin, parallèlement à la vaccination, il faut espérer que l’adoption généralisée des gestes d’hygiène (port du masque, lavage des mains et distance physique) puisse avoir un impact positif sur la diffusion du virus de la grippe. Les gestes d’hygiène peuvent limiter la diffusion du virus de la grippe LE TAUX DE COUVERTURE VACCINALE CONTRE LA GRIPPE RESTE FAIBLE RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES : 1- Abid.A, Nourlil.J, La grippe saisonnière chez l’enfant, Rev.Mar.Mal.Enf, 2017, 39, 38-46 2- Cohen.R, L’allergie à l’œuf est-elle une contre-indication à la vaccination ? Pédiatrie Pratique, N°302, Nov.20

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES :

1- Abid.A, Nourlil.J, La grippe saisonnière chez l’enfant, Rev.Mar.Mal.Enf, 2017, 39, 38-46

2- Cohen.R, L’allergie à l’œuf est-elle une contre-indication à la vaccination ? Pédiatrie Pratique, N°302, Nov.2018

3- Daclin.C, Coronavirus : Pourquoi se faire vacciner contre la grippe cette année ? Médiscoop, 21.08.2020

4- Floret.D, Vaccins non obligatoires. Rétablir la confiance, Réalités Pédiatriques, N°198, janv.2016

5- Haroche.A, Tous contre la grippe, JIM.fr 08.09.2020

6- Infovac France, Bulletin N°5, mai 2020 7- Infovac France, Bulletin N°7, juillet 2020 8- Infovac Maroc, Bulletin N°13, avril 2020

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