Journée mondiale du rein

Journée mondiale du rein 09 avril 2020

 Sommes-nous prêts à stopper la maladie rénale ?

En 2020, la Journée mondiale du rein fête ses 15 ans. L’association REINS a toujours célébré cet événement par l’organisation de nombreuses actions. Cette année, REINS vise à sensibiliser le public au fardeau croissant des maladies du rein dans le monde et au Maroc et à la nécessité de mettre en place des stratégies de prévention et de gestion de ces maladies.

 

Doctinews N°130 MARS 2020

 PAR LE PR AMAL BOURQUIA 

 Professeur de Néphrologie pédiatrique, présidente de la Société Marocaine de Néphrologie pédiatrique, experte en communication médicale.


Les statistiques montrent qu’un adulte sur dix souffre d'insuffisance rénale chronique (IRC) dans le monde. Elles révèlent également que la maladie rénale chronique (MRC) devrait devenir la cinquième cause la plus courante d'années potentielles de vie perdues d'ici 2040. En 2010, 2,62 millions de personnes ont reçu une dialyse dans le monde et le besoin de dialyse devrait doubler d'ici 2030. Le thème de la journée mondiale du rein cette année met l’accent sur les aspects essentiels des maladies rénales, surtout la prévention, un volet auquel l’association REINS accorde une importance majeure. L’association continue de sensibiliser à la charge croissante des maladies du rein dans le monde, de lutter pour la santé rénale de tous et d’insister sur l’importance des interventions préventives pour prévenir l’apparition et la progression de la maladie rénale. Elle plaide aussi en faveur de mesures concrètes dans chaque pays pour promouvoir et faire progresser la prévention de la maladie rénale.

Maladie rénale : une charge mondiale

On estime que 850 millions de personnes dans le monde sont atteintes de maladies du rein de causes diverses. Les maladies rénales chroniques provoquent au moins 2,4 millions de décès par an. Ces maladies sont associées à un énorme fardeau économique. Les pays à revenu élevé consacrent généralement entre 2 et 3% de leur budget annuel de santé au traitement de l'insuffisance rénale terminale (TRT), même si les patients qui reçoivent un tel traitement représentent moins de 0,03% de la population totale. Il est important de noter que cette maladie a un impact indirect sur la morbidité et la mortalité mondiales car elle augmente les risques associés aux maladies cardiovasculaires, au diabète et à l’hypertension artérielle. Par ailleurs, les atteintes rénales aiguës sont un facteur important de la maladie rénale chronique et touchent plus de 13 millions de personnes dans le monde. 85% de ces cas sont enregistrés dans des pays à faible ou moyen revenu. L’insuffisance rénale chronique et aigue contribuent de manière importante à l'augmentation de la morbidité et de la mortalité dues à d'autres maladies, notamment cardiovasculaires, le diabète, et l’hypertension. Chez les enfants, elles entraînent non seulement une morbidité et une mortalité importantes pendant l'enfance, mais également des problèmes médicaux à l’âge adulte.

Disparités d’accès aux soins

En dépit de la charge croissante des maladies rénales dans le monde, les disparités et les inégalités en matière de santé rénale sont encore très répandues. D’ailleurs, la prévalence élevée des maladies rénales chroniques et aigues est souvent liée aux conditions socioéconomiques dans lesquelles les personnes naissent, grandissent, vivent, travaillent et vieillissent, notamment la pauvreté, la discrimination fondée sur le sexe, le manque d’éducation, les risques professionnels et la pollution. Dans les pays à revenu élevé, un statut socioéconomique inférieur est associé à un risque accru de maladie rénale terminale en raison de facteurs de risque comportementaux et métaboliques et d'un accès réduit aux soins. Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, le fardeau posé par ces maladies rénales liées à la pauvreté est encore plus important en raison des infections associées, de la pénibilité du travail, d’une mauvaise éducation et d’une situation déplorable en matière de santé maternelle. La transplantation est considérée comme le meilleur traitement de la maladie rénale chronique. Cependant, le coût très élevé des installations et la nécessité de disposer d’équipes hautement spécialisées pour effectuer ce geste médical constituent des obstacles au développement de ce traitement. A cela s’ajoute le nombre très faible de donneurs d’organes qui limite grandement l’accès à la transplantation rénale dans la majorité des pays. L’absence de dispositions légales et les préjugés culturels contre le don d'organes constituent également un frein pour le développement de la transplantation dans de nombreux pays. Dans tous les pays, la pauvreté est associée à un manque de protection sociale et de transport, à un logement médiocre et au chômage.

 Quelle prévention ?

Si les facteurs de risque sont identifiés tôt, les lésions rénales aiguës et les maladies rénales chroniques peuvent être évitées, et, lorsque la maladie rénale est diagnostiquée tôt, l'aggravation de la fonction rénale peut être ralentie ou évitée par des interventions peu coûteuses. Ces interventions comprennent le conseil pour les maladies cardiovasculaires, le diabète, l'hypertension, la pharmacothérapie, la lutte antitabac, la promotion de l'activité physique et la réduction de la consommation par le biais de la législation et de l'étiquetage des aliments. L'identification et la gestion en temps opportun des lésions rénales aiguës et des maladies rénales chroniques représentent donc la stratégie la plus efficace pour s'attaquer durablement à la charge mondiale croissante. Une approche multisectorielle, pourrait aider à réduire l'incidence de l'insuffisance rénale à l'échelle mondiale. La promotion de la couverture sanitaire universelle devrait réduire les difficultés financières des patients atteints d'insuffisance rénale et améliorer l'accès aux soins rénaux. Ainsi, pour améliorer la santé rénale, il est très important d’agir sur le volet socioéconomique afin de réduire l’incidence de la pauvreté.

La couverture maladie universelle, une nécessité

La couverture maladie universelle est nécessaire pour la prévention et le traitement précoce de l'insuffisance rénale Ses objectifs ultimes sont d’assurer un accès universel, durable et équitable à des soins de santé essentiels de haute qualité. Elle permet aussi la protection des personnes contre la pauvreté et d’améliorer l'équité en matière de santé entre les groupes socioéconomiques. Dans de nombreux pays, des politiques et stratégies nationales pour les maladies non transmissibles sont mises en place alors que des politiques spécifiques visant le dépistage, la prévention et le traitement des maladies du rein font souvent défaut. De nombreux pays ne disposent d'aucune ligne directrice ni stratégie de gestion pour améliorer les soins des personnes atteintes de maladie rénale chronique.

 

 

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