FORMATION MÉDICALE CONTINUE

FORMATION MÉDICALE CONTINUE 04 juin 2020

 DES TECHNIQUES PÉDAGOGIQUES INNOVANTES 

Les plateformes d’enseignement à distance foisonnent et sont développées pour surfer sur la vague du renouveau numérique. Comment dans ce contexte rester concurrentiel en présentiel par rapport à cette offre généreuse ? Ces changements attendus imposent à chaque enseignant une nouvelle posture pédagogique.

 


Doctinews N°132 MAI 2019

Par le Pr Hassan CHELLY

 ORL- Expert en Techniques de communicationPraticien PNL 


En cette période de confinement due à la pandémie du Covid-19, nos modes de vie ont connu de grands changements. Le monde s’est arrêté de vivre… enfin, pas vraiment, il vit autrement ! C'est le cas également pour les systèmes éducatifs qui essaient de s'adapter aux changements liés à la révolution numérique qu'a connu le monde depuis notamment l’avènement d'Internet. Ainsi, le rôle du formateur et de l’enseignant est déstabilisé. La multiplication des formations à distance tous azimuts semblent reléguer au second plan les enseignements présentiels.

Conquérir l’esprit de l’apprenant

Ne perdons pas de vue que les apprenants d’aujourd’hui appartiennent à la génération “Z” dite “digital native”. Internet et le numérique sont leurs standards. Il est tout à fait naturel pour eux de rejoindre une plateforme digitale afin d’y être formés. Ces us complètent parfaitement leurs vies sur les réseaux sociaux au sein de leurs communautés virtuelles. Ces échanges virtuels sont certes légions mais effacent un grand atout de l’échange enseignantapprenant : l’empathie. Comment intéresser l’étudiant au point de le faire venir à votre cours magistral ou votre enseignement dirigé ? comment expliquer que les bancs des facultés se vident au détriment de la présence virtuelle ? Il faut certainement apporter une plus-value à la présence de l’étudiant. Ceci passe par une meilleure maitrise de l’art oratoire et d’une structure infaillible de votre discours professoral.

La classe inversée

Il s'agit d'une technique pédagogique mixte innovante, déjà largement diffusée aux États-Unis et en France. Elle consiste à recentrer l’apprentissage sur l’étudiant et le préparer pendant le cours à distance pour sonder ses acquisitions en présentiel. L’enseignant doit bien évidemment être formé à cette technique. Cette méthode est très utile et bien appréciée des étudiants car elle s’adapte à leurs besoins individuels. L’enseignant met à la disposition des étudiants des ressources à consulter à distance. Ces ressources seront structurées selon un mode chronologique d’apprentissage.

Les approches sont multiples et dépendent du but recherché. L’assimilation des connaissances est contrôlée par un questionnaire à distance ou en  amphithéâtre. Ce questionnaire comporte généralement des questions factuelles d’applications directes sur le contenu. Ensuite, la mise en pratique se fera selon plusieurs méthodes de mobilisation des connaissances.

Les avantages de cette approche sont nombreux : elle permet d’individualiser et de différencier l’enseignement. Chaque étudiant peut aller à son rythme et revoir à souhait les données présentes sur la plate-forme. Imaginez une longue séance, même d’un intérêt pratique indéniable, après le déjeuner… le résultat ne se ferait pas attendre ! Par ailleurs, cette pédagogie intègre les biorythmes au temps distanciel au plus grand plaisir des apprenants. Le temps de présentiel est évidemment plus agréable et le tutorat prend ici tout son sens. En tant qu’approche pédagogique, il semble que sa seule limite est celle de l’imagination des enseignants pour faire valoir leur pertinence. Ceci dit, la réussite de ce type d’enseignement requiert un investissement initial en temps et en réflexions de la part de l’enseignant.

Le FunnyLearning adapté

Cette nouvelle pédagogie s’appuie sur les recherches en neurosciences menées depuis plus de 20 ans. Le Funny Learning propose une pédagogie à la fois innovante et ludique. C’est une technique qui vise à dynamiser un cours et permettre, selon un “jeu” collectif, de se centrer, là encore, sur l’apprenant. Comme le disait si bien John Medina, professeur en neurosciences à l’Université de Washington, dans son ouvrage “Les 12 lois du cerveau”, “n’est-il pas absurde d’avoir un système éducatif qui part du principe que tous les cerveaux apprennent de la même façon ?”En effet, les neurosciences révèlent que chaque cerveau est unique et apprend différemment. Il est donc important de s’orienter vers une pédagogie sur mesure. Cette méthode intéressante joue sur l’émotion collective. Les émotions, par le biais de l’hippocampe, sont directement impliquées dans l’apprentissage et constituent une aide automatique et inconsciente aux décisions. Les auteurs de ce concept l’avaient décrit initialement pour répondre à chaque apprenant individuellement selon un code couleur conformément au concept de couleur DISC de Marston. Dans le domaine de l’entreprise, cet outil est dédié à l'évaluation. Il est utilisé pour améliorer la productivité, le travail d'équipe et la communication. Il traite uniquement des styles de comportement et de communication. Boussuat et Lefebvre l’ont adapté à la pédagogie. Le but est d'adapter l’enseignement au type d’apprentissage selon chaque couleur (Rouge, Vert, Bleu, Jaune).

Des séances scénarisées

L’enseignement est donc adapté à chacun des cerveaux des apprenants puisqu’il est unique pour chacun. Sur une promotion d’étudiant en médecine ou en médecine dentaire, il me semble difficile de respecter ce concept comme il a été énoncé car les promotions dépassent allègrement la centaine. Voilà pourquoi il a été traduit en français “apprendre en s’amusant” et adapté. Il est, par ailleurs, largement concevable que l’esprit de convivialité et d’intelligence collective prévaut en enseignement dirigé même au sein d’un amphithéâtre. La séance doit être scénarisée pour qu’il y ait le moins de diversion possible. Les étudiants se verront remettre à l’entrée dans la salle ou l’amphithéâtre un carton recto vert (vrai) verso rouge (faux).

Le scénario doit être préparé à l’avance par l’enseignant et les objectifs pédagogiques doivent être clairement définis en début de séance. Ce type de mise en situation prévaut davantage lors du contrôle des acquisitions. Les questions sont énoncées par l’enseignant et affichées sur l’écran. Les réponses seront de deux ordres : Vrai ou Faux. Il s’agira pour l’enseignant de poser des questions soit de niveau 1 (connaissances horizontales), soit de niveau 2 (connaissances verticales), soit de niveau 3  (synthèse des connaissances sous forme de situations cliniques en cascades). Les étudiants sont ravis de participer, même à visages découverts ! Une situation bien rare qui rappelle, si besoin était, que les connaissances nécessitent bien souvent des ajustements permanents selon un esprit collégial et collectif pour les homogénéiser. 

RÉFÉRENCES

- DUFOUR H. “la classe inversée” Technologie 193(47) - 2014

- BOUSSUAT B., LEFEBVRE J. “Former avec le Funny Learning” Dunod- 2015

- DEHEANE S. “Apprendre ! Les talents du cerveau, le défi des machines” Jacob 2018

- MEDJAD N., Gil Ph., LACROIX Ph., “NeuroLearning : les neurosciences au services de la formation”

– Eyrolles 2017 - SUISSA AJ, “Sommes-nous trop branchés ? La cyberdépendance” – Presse de l’Université du Québec - 2017

- PAOLINI Ch., “Tous formateurs !” 2ème édition GERESO- 2015

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