PR JAWAD TOUZANI

PR JAWAD TOUZANI 01 janvier 2020

 Président de l’Union Nationale des Professions Libérales (UNPL)

Jonglant avec brio entre son cœur de métier qu’est la médecine et ses innombrables activités associatives, Jawad Touzani a plusieurs cordes à son arc. De plus, il a fait preuve d’une grande implication en faveur des professions libérales au Maroc dont il défend les intérêts avec ferveur. Dernière prouesse à son actif, Jawad Touzani a récemment conduit l’UNPL Maroc à rejoindre l’UMPL. Détails…

 

 

 Doctinews N°127 DÉCEMBRE 2019

 PR JAWAD TOUZANI

Président de l’Union Nationale des Professions Libérales (UNPL)


 Doctinews.Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de vos nombreuses activités associatives ?

Dr Jawad Touzani. Natif de Fès, j’ai intégré l’école primaire à l’âge de 5 ans. Une fois mon baccalauréat en poche, je suis parti en France où j’ai suivi des études en pharmacie puis je me suis spécialisé en biologie médicale. Après quoi, j’ai obtenu plusieurs certifications en nutrition et je détiens également un diplôme d’auditeur certifié AFNOR qui permet de certifier les laboratoires aussi bien au Maroc qu’en France. J’ai également obtenu un diplôme en reproduction et fertilité délivré par une université belge. En 1980, j’ai mis un pied dans le monde professionnel en exerçant en tant qu’interne en biologie puis en tant qu’assistant à plein temps au laboratoire de Villeneuve-sur-Lot. Au fil de mes expériences professionnelles, mon penchant pour le monde associatif s’est réveillé et donc une fois rentré au Maroc, j’ai rejoint la Faculté de médecine et le CHU de Casablanca et exercé au sein du service d’immunologie. Ainsi, j’ai participé à la création de la première association d’immunologie appelée « le club marocain d’immunologie » en 1986. Durant la même année, le premier cas de Sida a été détecté au Maroc et nous n’étions que 4 personnes à connaitre cette nouvelle pandémie. Nous avons donc décidé de créer la première association dédiée au sida : la Société Marocaine de Recherche et de Lutte contre le Sida dont j’ai assuré la présidence au niveau de Casablanca. Par la suite, nous avons organisé la plus grande manifestation au Maroc et en Afrique, à savoir la 8 ème Conférence Internationale sur le Sida et les MST. Cette manifestation était un succès et a connu la participation de personnalités éminentes avec à leur tête SM le Roi Mohammed VI, à l'époque prince héritier, ainsi que le prince Moulay Rachid, en tant que président d'honneur de l'Association SMRLS, Jacques Chirac, ancien président de la République Française, l’artiste Line Renaud, le Pr Luc Montagnier et l'ex-président du Gabon. Perpétuant mes activités associatives, j’ai intégré l'Association des bienfaiteurs d'El Fida-Derb Soltane en 1988. En 1989, j’ai rejoint le Rotary Club de Casa Californie, le Croissant Rouge Marocain puis le Rotary Casa Hermitage en 2010 que j’ai présidé. Je suis également trésorier de la Chambre nationale syndicale des biologistes, du Conseil national de l'Ordre des biologistes et de la Société marocaine d'hématologie. Je suis, en outre, conseiller du président de l’association « Agir » pour les enfants cancéreux. Dans ce cadre, j’ai participé à l’élaboration du GDEA, le guide de bonnes exécutions d'analyses qui est devenu obligatoire pour les laboratoires marocains. Enfin, j’ai intégré l’Union Nationale des Professions Libérales (UNPL) que je préside actuellement.

 En tant que président de l’UNPL, pouvez-vous nous détailler les missions de cette organisation ?

Créée en 2007, l’Union Nationale des Professions Libérales est un organisme indépendant composé d’un bureau national et de bureaux régionaux. C’est une centrale syndicale représentative des syndicats professionnels, regroupant les principales familles d’activités, à savoir la santé, le droit et les techniques et cadres de vie. Elle œuvre à améliorer les conditions de l’exercice professionnel et défend les intérêts de ses membres dont l’adhésion est libre. Les principales missions de l’UNPL sont de promouvoir la profession libérale, participer à la bonne gouvernance du pays, être une force de proposition, défendre les intérêts moraux et matériels des professions libérales et représenter la profession libérale auprès des pouvoirs publics et des tiers. Aussi, l’UNPL regroupe différentes professions libérales à l’instar des adouls, architectes, avocats, médecins, experts comptables, pharmaciens, traducteurs, ingénieurs, huissiers… L’Union projette d’organiser différentes actions pour la période 2019 - 2020 dont l’objectif est de former et d’informer les professionnels sur les aspects du management et la conjoncture du marché et de sensibiliser à l’importance de leurs apports à la société grâce à des initiatives citoyennes destinées au grand public. Pour cela, l’Union a organisé au titre de l’année 2019, entre autres, des rencontres d’intérêt commun pour célébrer « la femme libérale », étudier la question de la couverture sociale, une rencontre préparatoire des assises nationales sur la fiscalité, des matinées de formations visant à enrichir les compétences managériales et relationnelles du professionnel libéral ainsi qu’une caravane des métiers libéraux « Ecole & Rural ». L’UNPL agit également en faveur de la création d’occasions d’échange et de partage à travers un réseau social regroupant les professionnels libéraux mais aussi à travers la conception, la production de capsules de vulgarisation de nos activités. Il en va également de l’intégration des régions dans la dynamique de l’UNPL et de l’importation des bonnes pratiques internationales à travers son affiliation à l’Union mondiale des professions libérales (UMPL).

 Dans ce cens, l’Union mondiales des professions libérales (UMPL) a tenu son assemblée générale, le 28 octobre, à Casablanca. Quels ont été les sujets à l’ordre du jour ?

Tout d’abord, je voudrai préciser que l’UNPL Maroc a intégré l’UMPL en avril 2019 à l’unanimité. Le Maroc est donc devenu membre permanent officiel de cette organisation. C’est là un honneur pour le Maroc qui est l’un des premiers pays africains musulmans et arabes à intégrer cette union mondiale.

Ainsi, lors de la dernière assemblée générale organisée à Madrid, nous avions émis la suggestion d’organiser l’assemblée générale suivante au

Maroc, et plus précisément à Casablanca. Cette proposition a été très bien reçue et approuvée à l’unanimité. Ceci démontre l’intérêt et le respect vis-à-vis de l’UNPL Maroc. À travers l‘organisation de cette assemblée, le Maroc a gagné une reconnaissance internationale et une crédibilité certaine. Le 28 octobre dernier, le Maroc a donc organisé l’assemblée générale de l’UMPL qui a connu le déplacement du président de l’Union, du secrétaire général et du président du Conseil Européen… Durant cette journée, nous avons pu discuter de plusieurs préoccupations communes auxquelles font face les professions libérales dans le monde. Les valeurs que nous défendons sont semblables, notamment le secret professionnel, l’indépendance, la qualité de service et la responsabilité individuelle.

Un autre sujet a également été longuement discuté lors de cet événement et qui est celui de la précarité qui touche les professions libérales. En effet, celle-ci sévit dans plusieurs pays et encore plus au Maroc. Ceci est dû à la crise économique et le nouveau contexte qui fait que certains professionnels libéraux ne peuvent plus faire face à leurs charges. Ainsi, beaucoup de professionnels sont amenés à quitter leur cabinet soit pour devenir salariés dans des sociétés ou carrément fuir le pays et aller s’installer à l’étranger. Cette fuite de cerveaux représente une situation dramatique que nous examinons sérieusement avec l’UMPL pour pouvoir y remédier. Enfin, une cérémonie de remise de distinctions a aussi été à l’ordre du jour de cet événement. L’occasion de célébrer et rendre honneur aux professionnels libéraux marocains ayant brillé à l’international. Durant cette assemblée, nous avons ainsi distingué des étudiants de la Faculté de Médecine et de Pharmacie d'Oujda qui ont remporté le premier prix de la

compétition initiée par la Société européenne de médecine d'urgence. Nous avons également remis une distinction à Mr Hassan Lasry, qui a brillé en tant qu’expert-comptable à l’étranger, à Mr Rachid Yazami, un physicien franco-marocain et inventeur de l’anode graphite pour les batteries lithium-ion, l’architecte Charaf Eddine Berrada, Mme Ihsane Benyahya, première femme nommée à la tête de la Fédération dentaire internationale (FDI) et Pr Naima Amrani, qui a été élue présidente de la World Gastroenterology Organisation (WGO). À travers cette célébration, nous entendons valoriser nos professionnels libéraux et démontrer que nous disposons de compétences majeures qui brillent au-delà des frontières.

 

 Comment, à votre avis, peut-on arriver à la mise en place d’une fiscalité équitable et d’une couverture sociale et médicale adéquate pour ces professions ?

Le professionnel libéral est au service du citoyen avant tout et veille à sa sécurité et son confort. Mais il a aussi des obligations vis-à-vis de l’Etat. Il doit être inscrit auprès de l’administration fiscale, souscrire aux déclarations requises et s’acquitter des impôts dus. En fonction de l’activité exercée et du statut, diverses obligations d’ordre réglementaire ou déontologique doivent être scrupuleusement respectées par le professionnel libéral. S’agissant de la question de fiscalité, les professions libérales ont longtemps été sujettes à de fortes pressions fiscales. Et pour cause, certaines personnes déclaraient mal ou ne déclaraient pas leurs revenus dans leur totalité. Mais ceci était dû à une faible compréhension de la fiscalité, à la non-assistance par des experts comptables confirmés mais aussi à la précarité dont souffrent nombre de professionnels libéraux. En effet, la précarité touche 25 % à 30 % de ces

professionnels. Pharmaciens, médecins ou avocats se retrouvent exposés à des fragilités financières et à des situations difficiles. Jusqu’à ce jour, nous avons milité pour la loi 98.15 et 99.15 liées à l’assurance maladie des indépendants et à la retraite. Cette loi est finalement parue mais le décret d’application n’est pas entré en vigueur. Par conséquent, les professions libérales vivent un perpétuel marasme du fait qu’elles ne sont pas couvertes dans le domaine de la santé. Il en va de même de la scolarité des enfants, qui n’est pas défalquée des impôts, ce qui crée des iniquités fiscales. De plus, nous ne pouvons pas bénéficier des régimes sociétaires avantageux comme pour les industriels par exemple. Pour apporter des solutions à cette situation, l’UNPL Maroc a organisé en juin 2018 une rencontre sous la thématique « Impôt et fiscalité des professions libérales ». Ce fut un événement fructueux ayant abouti à l’élaboration d’un livre blanc qui a été envoyé à la CNSS et à la Direction des impôts dans le but d’exposer toutes les doléances des professions libérales en la matière.

Comment contribuent ces professions au développement socioéconomique ?

Notre rôle est bien évidemment de participer à l’économie du pays, en tant que grands consommateurs de matériels, de biens et de services. Ainsi, nous créons une valeur ajoutée et nous participons à la stabilité économique et sociale du pays. Aussi, nous contribuons à 2.5 % du PIB nationale (hors travailleurs indépendants). Dans nombre de domaines, nous remplaçons le secteur public en assurant un service de qualité à autrui. Nous sommes également générateurs d’emplois et nous représentons des employeurs modèles qui sauvegardent les droits et les avantages de leurs collaborateurs.

Dans la même rubrique

Copyright © 2020 Doctinews.

All rights reserved.