DR ZAKARIA HAFIANI

DR ZAKARIA HAFIANI 18 juin 2020

Chirurgien sénologue

Chirurgien sénologue spécialiste dans le traitement de la chirurgie des maladies du sein au Centre Moulay Youssef à Casablanca, Dr Zakaria Hafiani est un passionné de sénologie. Dans cet entretien, il en dit plus sur cette spécialité.

 

 Doctinews N°133 JUIN  2020

 ZAKARIA HAFIANI

Chirurgien sénologue


 Doctinews. Parlez-nous de vous, de votre parcours et de votre activité aujourd’hui.

Dr Zakaria HAFIANI. Spécialiste dans le traitement et la chirurgie des maladies du sein au Centre du Sein Moulay Youssef à Casablanca, je suis lauréat des Facultés de médecine de Paris, Lyon, Grenoble et Tours. J’ai exercé précédemment en tant que chirurgien des Hôpitaux et des Cliniques de France. Je suis également membre de la Société Française de Sénologie. 

  Pouvez-vous nous en dire plus sur la chirurgie des maladies du sein et le protocole chirurgical pratiqué en cas de cancer du sein ?

La chirurgie est le traitement principal du cancer du sein non métastatique. Le pronostic du cancer du sein dépend essentiellement de sa dissémination micro métastatique au moment du diagnostic. La chirurgie mammaire doit être discutée en Réunion de Concertation Pluridisciplinaire (RCP) pré thérapeutique afin d’en déterminer les modalités et le timing par rapport aux autres thérapeutiques. Il est impératif que le chirurgien examine la patiente avant une chimiothérapie néo-adjuvante décidée par la RCP pour une double raison : lier un premier contact avec la patiente pour lui expliquer les tenants et les aboutissants de la prise en charge chirurgicale d’une part, et, d’autre part, établir un schéma lésionnel avant que la chimiothérapie ne modifie l’aspect de la lésion.

 Aujourd’hui, où on en est le Maroc en matière de lutte contre cette maladie ?

 

Le Maroc a fait de nombreux progrès dans la lutte contre le cancer du sein. Le réseau de la Fondation Lalla Salma est déployé dans les principales villes du royaume et effectue des soins de prévention et de traitement du cancer du sein Aujourd’hui, le secteur privé a installé des centres pour la prévention et le traitement du cancer partout au Maroc (Casablanca, Rabat, Tanger, Oujda, Agadir… Et bientôt à El Jadida). Les secteurs public et privé travaillent conjointement dans le but de couvrir quasiment la totalité du territoire national. Par ailleurs, les techniques de dépistage se sont beaucoup améliorées au Maroc et le ministère de la Santé a équipé tous les hôpitaux de mammographes. Il existe également des mamographes mobiles, installés dans des camions pour effectuer des campagnes de dépistage dans les villes et les campagnes. Les centres de radiologie privés sont aussi pourvus de mammographes très performants de 2ème et 3ème génération. L’accès aux moyens de diagnostic est donc à la portée de tous dans la plupart des grandes villes. Pour les petites villes, il faut encore se déplacer dans des zones à proximité qui sont pourvues de ce genre de technologies.  

 Quels sont, selon vous, les éléments sur lesquels nous avons le plus de progrès à faire au Maroc ?

À mon avis, le principal élément porte sur la sensibilisation de la population. Il faut insister sur l’importance de l’autopalpation mammaire (l’auto-examen des seins). C’est un acte à la portée de toutes les femmes et qui ne coûte rien et qui s’avère d’une grande utilité. Chaque femme en activité génitale doit une fois par mois (4 à 5 jours après la fin de ses règles) faire une autopalpation de ses seins. Pour s’aider, les femmes peuvent recourir à plusieurs supports sur le web (Facebook, Youtube, les pages des associations, la page de la Fondation Lalla Salma de lutte contre le cancer…) où elles peuvent trouver des vidéos leur montrant comment pratiquer un auto-examen de manière correcte. Les femmes ménopausées doivent également faire cet examen une fois par mois. En pratique, la femme se positionne devant une glace, torse nue, et voit si la couleur de la peau de ses seins est normale, si les mamelons sont bien en place (pas déviés, ni enfoncés), s’il n’y a pas de boule qui ressort ou alors une rétraction de la peau (comme une petite fossette), ou encore une courbure qui n’est pas habituelle. Si c’est le cas, la femme doit consulter son médecin traitant qui va déclencher tout le processus requis (tests et mammographie) et qui va l'orienter vers un spécialiste du sein éventuellement. Pour précision, ceci ne concerne pas seulement les femmes. Les hommes doivent aussi examiner leurs seins. Il faut savoir que le pourcentage du cancer du sein chez l’homme est de quand même 1%. Mais malheureusement, n’étant pas assez sensibilisés, la plupart des hommes arrivent à un stade très avancé de la maladie. Dans le Centre du Sein Moulay Youssef, nous opérons en moyenne 4 à 5 cancers du sein chez l’homme par an. C’est une maladie qui est mal connue mais qui n’est pas si rare que cela. Chez l’homme, le cancer se manifeste par une sorte d’ « eczema » ou une petite boule que les hommes tentent de faire disparaître en appliquant une crème au lieu d’aller consulter un médecin. De ce fait, j’invite tous les hommes, et particulièrement ceux âgés de 40 ans et plus, à examiner eux-mêmes leurs seins. Au cas où quelque chose d’anormale est observée au niveau du mamelon et de l’aréole, ils doivent impérativement aller consulter leur médecin traitant. 

Quels sont les facteurs de risque ?

 

Il y a une proportion d’hérédité (5 à 8%) chez des gens ayant une prédisposition génétique à développer un cancer du sein. Nous en voyons régulièrement dans le cabinet et donc nous leur faisons passer des tests génétiques qui peuvent révéler la mutation d’un nombre de gènes en particulier. Dans ce cas, nous anticipons une chirurgie par prévention qu’on appelle une « chirurgie prophylactique du sein » (comme ce qu’a fait l’actrice Angelina Jolie). Au Maroc, nous disposons de ce test à Casablanca que nous effectuons pour savoir si la personne a cette prédisposition. En général, ceci concerne des femmes qui ont un profil bien particulier : elles ont été atteintes d’un cancer du sein jeune, âgées de moins de 35 ans ou qui ont plusieurs antécédents familiaux (maman, tante, cousine, grand-mère..). Ces personnes doivent aller chez leur médecin traitant qui les orientera éventuellement vers une consultation chez un oncogénéticien.

 Vous êtes membre de l’Association Casablancaise de Sénologie mais aussi de la Société Française de Sénologie. Pouvez-vous nous en dire plus sur vos activités associatives ? 

Je suis membre co-fondateur de l’Association Casablancaise de Sénologie, fondée en 2011 dès mon retour au Maroc. Cette association compte huit confrères spécialisés en sénologie. Nous avions commencé à diffuser l’information auprès des médecins généralistes, radiologues, chirurgiens, gynécologues, biologistes, cancérologue, radiothérapeutes… et tous les médecins qui interviennent dans cette spécialité. À nos débuts, le terrain était encore vierge et l’information ne circulait pas assez, donc on organisait des tables rondes mensuellement. Notre objectif est notamment de promouvoir la formation continue. En octobre 2018, nous avons organisé notre premier congrès international à l’occasion du mois rose, puis une deuxième édition a eu lieu en 2019. Etalé sur un jour ou deux, cet événement est l’occasion de recevoir des experts nationaux et internationaux reconnus dans leurs spécialités qui veinent échanger avec les confrères et les consœurs marocains autour du cancer du sein en particulier et de la maladie mammaire en général. Outre le cancer du sein, il existe de nombreuses autres pathologies mammaires et qui sont tout aussi fréquentes à l’instar de la tuberculose du sein et la mastite inflammatoire. Nous recevons fréquemment des femmes avec des boules dans le sein qui est une forme de tuberculose mammaire. Nous établissons le diagnostic par mammographie et par micro biopsie. Les médecins radiologues avec une compétences en sénologie prélèvent l’échantillon au niveau du sein, sous échographie, que nous envoyons à un laboratoire d’anatomie pathologique pour savoir s’il s’agit d’un cancer du sein, d’une maladie bénigne, d’une infection ou bien d’une tuberculose mammaire. Si c’est le cas, la patiente est prise en charge par les structures de l’Etat étant donné que seul le ministère de la Santé est habilité à prescrire le traitement antituberculeux. Il s’agit de 6 mois de traitement au bout desquels la lésion disparaît complètement. Nous avons rarement vu de récidive.

   Vous participez également à des manifestations internationales. En quoi ce genre d’événements peut être utile à l’enrichissement de cette spécialité au Maroc ? 

Effectivement, en tant que membre de la Société Française de Sénologie, je participe à des manifestations internationales, dont notre congrès annuel. Le dernier en date s’est déroulé à Marseille en novembre 2019. Chaque année, la Société Française de Sénologie organise cet événement qui regroupe des médecins sénologues du monde entier. La précédente édition a réuni 1200 participants. Par ailleurs, nous tenons également des petits congrès très pointus et spécialisés, par exemple sur l’imagerie du sein ou la chirurgie mammaire … Chaque spécialité a créé une sous-spécialité qui concerne uniquement le sein. Il faut savoir que le cancer du sein est le premier cancer chez la femme et représente entre 30 et 40% de tous les cancers confondus. Il s’agit donc d’une pathologie assez fréquente. Dans le monde, il y a environ 2 millions de nouveaux cas recensés par an. En France, 60000 nouveaux cas sont enregistrés annuellement. Au Maroc, ce chiffre doit tourner autour de 15000 nouveaux cas par an.

   Un dernier message…

Premièrement, je voudrais insister sur l’importance de l’auto-examen des seins. Cela est très simple, ne coûte rien et est d’une grande utilité. Ensuite, il faut que les femmes consultent leur médecin traitant au moins une fois par an et ce même en l’absence de symptômes. Il ne faut pas attendre d’apercevoir une boule, une déformation ou des sécrétions au niveau du sein pour aller consulter. Le gynécologue ou le médecin généraliste sont compétents pour faire un examen des seins et jugeront éventuellement l’utilité de demander d’autres examens. Il faut également faire un dépistage organisé (mammographie) tous les deux ans à partir de 40 ans. La présence d’un nodule par exemple au niveau du sein ne doit pas être sous-estimée. Il ne faut pas attendre au risque d’aggraver la situation. Malheureusement, il y a encore des malades qui arrivent avec des masses au niveau du sein pouvant aller jusqu’à 15 cm et des fois le cancer touche d'autres organes en provoquant des métastases au niveau de l’os, du poumon, du foie ou encore du cerveau. À ce stade, les traitements sont très lourds, coûteux et provoquent beaucoup d’effets secondaires. Par contre, si les nodules sont repérés précocement (lorsque leur taille est entre 1 et 2 cm), les thérapeutiques sont simples et le taux de guérison est très élevé. En général, ces personnes ne consultent pas par peur de la maladie, mais un cancer du sein diagnostiqué précocement a plus de 90% de chances de guérison. Enfin, il est également important d’éviter les facteurs de risques. En dehors du facteur génétique, il y a aussi des perturbateurs endocriniens présents dans les conservateurs qui se retrouvent dans notre alimentation et dans tout ce qui est industrialisé. Il faut privilégier une alimentation saine basée sur des produits frais et biologiques autant que possible.

 

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