LUIS MORA

LUIS MORA 16 juillet 2020

Représentant au Maroc du Fonds des Nations unies pour la Population (UNFPA)

Présent au Maroc depuis 1975, le Fonds des Nations Unis pour la Population (UNFPA) est, depuis lors, engagé dans la lutte pour la préservation de la santé sexuelle et maternelle de la femme au Maroc mais aussi la santé de l’ensemble du personnel de soin. À travers l’Opération SALAMA, menée depuis le début de la pandémie de Covid-19, l’UNFPA a fait preuve d’un soutien infaillible au système de santé marocain. Détails

 

 Doctinews N°134 JUILLET - AOÛT 2020

Luis MORA

Représentant au Maroc du Fonds des Nations unies pour la Population (UNFPA)


 Doctinews. Pouvez-vous nous parler de l’UNFPA et de ses diverses activités au Maroc ?

 Luis MORA    Le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) est une agence du Système des Nations Unies présente au Maroc depuis 1975 ainsi que dans d’autres pays (150 pays dans le monde). L’UNFPA appuie la collecte des données démographiques afin de comprendre leurs tendances et de développer des politiques permettant d’assurer un développement durable et inclusif. Nous sommes parmi les cinq institutions globales les plus importantes au niveau mondial en matière de collecte de données. Le Fonds est aussi l’agence directrice de l’ONU en charge des questions de santé sexuelle et reproductive, y compris la planification familiale et les soins de santé maternelle, et l’un des principaux organismes onusiens chargés de faire progresser l’égalité des sexes et de lutter contre la violence basée sur le genre. L’UNFPA s’associe également aux jeunes pour les aider à prendre part aux décisions qui les concernent et renforcer leur capacité à faire progresser les droits fondamentaux et les questions de développement. Depuis 1975 et jusqu’à présent, l’UNFPA appuie les efforts du gouvernement marocain et de la société civile dans plusieurs domaines comme l’amélioration des systèmes d’information et des données pour la prise de décision et la formulation et l’évaluation des politiques publiques. Aussi, nous avons contribué à l’amélioration de la santé de la population marocaine, en particulier la santé des femmes, la réduction de la mortalité maternelle et l’amélioration de la qualité de soins de santé sexuelle et reproductive. En outre, nous avons contribué à l’amélioration de la condition de la femme, notamment la révision de la législation et du code de la famille, la lutte contre la violence à l’égard de femmes et le mariage des enfants. L’appui à la jeunesse marocaine est aussi au cœur de notre travail, en particulier en matière de participation, d’autonomisation et d’éducation.

Qu’en est-il de la santé maternelle et sexuelle de la femme au Maroc en période de COVID-19?

Les femmes enceintes sont plus vulnérables aux infections respiratoires graves et doivent donc être traitées avec la plus grande priorité. Au Maroc, le premier cas de femme enceinte confirmé COVID-19 a été détecté le 26 mars 2020. Au-delà du Plan National de veille et de riposte, et à l’instar des autres pays, nous saluons les mesures ambitieuses prises par le Maroc pour réduire l’impact de la pandémie du COVID-19 tant au niveau santé qu’au niveau économique. Le ministère de la Santé a donné la priorité à la santé sexuelle et reproductive, y compris la santé maternelle et néonatale, à travers ses directives en matière de continuité des services dans cette période marquée par la pandémie. Ces mesures sont de plus en plus renforcées et nous les appuyons parce que nous sommes conscients que le détournement de l'attention et des ressources essentielles durant la pandémie du COVID-19 pourrait avoir des répercussions désastreuses sur les femmes et les filles.

Quelles sont les recommandations de l’UNFPA pour renforcer les progrès en matière de lutte contre la pandémie de COVID-19 ?

Aujourd’hui, et plus que jamais, davantage d’actions innovantes sont requises pour maintenir les prestations de soins de santé primaires, à l’instar de celles liées à la planification familiale. Il est primordial de garder la vigilance sur la distribution des moyens contraceptifs, afin d’éviter une augmentation démesurée des. grossesses non désirées, avec des conséquences fatales sur la santé des femmes. Au regard de l’évolution de la situation épidémiologique nationale du COVID-19, il est impératif d’outiller les professionnels de santé de recommandations de bonnes pratiques et de nouvelles orientations organisationnelles et fonctionnelles. L’amélioration des compétences des professionnels de santé du terrain, en particulier les sages-femmes, et l’organisation appropriée des services de santé ainsi que la prise en charge des femmes et des nouveau-nés dans le contexte de la pandémie du COVID-19, sont autant de mesures opérationnelles qui permettront, entres autres, de contribuer à assurer l’accès aux services essentiels de soins obstétricaux et néonatals et à contribuer à la prévention des conséquences lourdes sur le système de santé en post pandémie.

L’UNFPA est également un acteur engagé dans la promotion et la préservation du rôle du personnel de santé au Maroc. Quelles sont vos actions dans ce sens ?

L’UNFPA se réjouit de sa collaboration avec le ministère de la Santé à travers le service central et les directions régionales pour renforcer le rôle des professionnels de santé face à la pandémie du COVID-19. Le Fonds a appuyé l’élaboration des algorithmes de réorganisation des services et des conduites à tenir pour, d’une part, la prise en charge des femmes enceintes face au COVID-19 et, d’autre part, le renforcement de l’approche « Self care ». Dans ce contexte de crise sanitaire, l’approche « Self care » représente une solution innovante pour maintenir le contact et la relance des femmes en âge de reproduction par les prestataires de soins liés à la santé sexuelle et reproductive. Notre soutien aux professionnels de santé qui se trouvent en première ligne de la lutte contre le COVID-19 a été apporté également à travers l’Opération SALAMA, conduite en étroite collaboration avec les partenaires nationaux et la société civile.

Pour aider à contenir la pandémie de COVID-19 au Maroc, l’UNFPA a mis en place l’opération SALAMA conjointement avec le ministère de la Santé. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette initiative ?

L’Opération SALAMA a été lancée le 31 mars pour appuyer la réponse du gouvernement marocain aux besoins des populations les plus vulnérables en période de confinement et pour contenir la pandémie du Coronavirus au Maroc. Au cours de ses six phases, cette opération a donné la priorité à la protection des populations les plus à risque parmi les femmes enceintes, les professionnels de santé, en particulier les sagesfemmes, les femmes victimes et survivantes à la violence, les migrants, les détenus, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les adolescents et jeunes. L’Opération SALAMA s’est aussi accompagnée d’une large diffusion de spots télévisés, de capsules pour la radio, d’infographies et vidéos de sensibilisation et de conseils pratiques pour les réseaux sociaux, ainsi qu’une web- radio et des compétitions artistiques pour répondre aux questionnements en lien avec la santé sexuelle et reproductive face au COVID-19.

Quel bilan tirez-vous de cette opération ?

Les interventions de terrain de l’Opération SALAMA ont été opérées dans 275 centres de santé, maternités, centres de protection sociale, établissements pénitentiaires, centres de protections de l’enfance, foyers féminins et associations servicielles de plus de 90 localités urbaines et rurales du Royaume. Les campagnes virtuelles ont touché plus de 16 millions de personnes et des “Salama Kits” pour la protection du COVID-19 ont été mis à disposition de près de 8000 personnes en situation de vulnérabilité. Outre l’adaptation de la prise en charge des femmes enceintes et des nouveau-nés au contexte de crise, des sessions de formations à distance ont été conduites pour soutenir plus de 700 professionnels de santé, y compris les sages-femmes, qui se trouvent en première ligne face au coronavirus. 106 femmes et filles victimes de violences ont également été prises en charge durant cette période de confinement, à travers la mise en place d’une veille téléphonique et des groupes pour l’accompagnement à distance.

Selon vous, quelles seront les conséquences de la pandémie sur le système de santé au Maroc ?

En général, les services de santé sexuelle et reproductive sont essentiels et doivent se poursuivre sans interruption, même en cas de crise. La prestation de services de santé sexuelle et reproductive comprend les soins de santé maternelle, les services de planification familiale et les services liés à la prise en charge des victimes de la violence basée sur le genre. L’arrêt de ces services aurait des conséquences très lourdes. Selon les prévisions de l’UNFPA au niveau mondial, si les mesures de confinement se prolongent pendant 6 mois, 47 millions de femmes seraient dans l’impossibilité d’accéder à des méthodes de contraception modernes, 7 millions de grossesses non désirées seraient prévues et on pourrait recenser 31 millions de cas supplémentaires de violence basée sur le genre.

Un dernier mot ?

Je ne voudrais pas manquer cette occasion pour rendre hommage à tous les partenaires de l’Opération SALAMA, notamment le ministère de la Santé, le ministère de la Solidarité, du Développement Social, de l'Egalité et de la Famille, le ministère de l'Education Nationale, de la Formation Professionnelle, de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique - Département de l’Education, le ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, la Délégation Générale à l'Administration Pénitentiaire et à la Réinsertion, le Centre National Mohammed VI pour les Handicapés, l’Association Marocaine des Sages-Femmes, l’Association Nationale des Sages-Femmes du Maroc, l’Association Marocaine de Planification Familiale, l’Organisation Panafricaine de lutte contre le SIDA, le Réseau Anaruz, Initiatives pour la Protection des Droits des Femmes, l’Association Y-PEER et l’association 100% Mamans, à laquelle les sociétés BCSS Industrie, Lariconf, Larimode et SABAE se sont joints avec l’Association Darna pour renforcer son soutien sur le terrain. L’Opération SALAMA a aussi bénéficié de l’appui de l’Ambassade du Canada et de l’Ambassade de Belgique au Maroc. L’UNFPA, en partenariat avec l’OMS et l’ONUDI, lance également un projet pour renforcer la continuité des services de santé, en particulier pour la santé sexuelle et reproductive en appui au ministère de la Santé et des partenaires institutionnels et de la société civile impliqués dans ce contexte de COVID-19.

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