NAJIA HAJJAJ-HASSOUNI

NAJIA HAJJAJ-HASSOUNI 03 septembre 2020

Ancien chef du service de Rhumatologie, Hôpital El Ayachi, Salé, CHU Rabat-Salé

Rhumatologue de renommée et membre de l’Académie Française de Médecine de Paris, le Pr Najia Hajjaj Hassouni a dédié sa carrière à cette discipline. Très impliquée dans le domaine de la recherche, elle a à son actif des publications pointues et est membre de nombreuses sociétés savantes.

 

 

 Doctinews N°135 SEPTEMBRE 2020

Pr Najia HAJJAJHASSOUNI

Ancien chef du service de Rhumatologie, Hôpital El Ayachi, Salé, CHU Rabat-Salé


 Doctinews.Pouvez-vous nous résumer votre parcours et vos activités professionnelles actuelles ?

Pr Najia HAJJAJ-HASSOUNI. La rhumatologie est une discipline relativement récente dans l’histoire des spécialités médicales. Elle s’intéresse aux pathologies de l’appareil locomoteur et au handicap qu’elles génèrent et fait partie des disciplines qui ont développé la notion de « qualité de vie » des patients. Comme pour tout ce qui change, la rhumatologie a dû convaincre et parfois, bousculer. Pour de multiples raisons, ce défi m’a paru passionnant et a occupé une grande partie de ma vie universitaire, car il restait encore beaucoup à construire. Mon cursus est pratiquement parallèle à celui de la rhumatologie universitaire au Maroc. Etudiante, puis Interne du CHU et Maître-Assistante en Médecine Interne à l’Université Mohammed V de Rabat, c’est à Paris que j’ai finalement confirmé, dans les années 1980, ma formation en rhumatologie, puis en podologie, en techniques rhumatologiques, en formation à la recherche et bien plus tard, en échographie ostéo-articulaire. Non sans difficultés, la première agrégation de rhumatologie du Maroc, que j’ai eu la chance de passer, s’est ouverte. J’ai eu ensuite le privilège de contribuer à la formation de nombreux rhumatologues qui exercent aujourd’hui dans tous les secteurs dont ceux devenus chefs de service dans les différentes villes où la discipline a été mise en place. J’ai également eu le privilège de devenir Doyen de la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Rabat de 2003 à 2013. J’en garde un excellent souvenir et remercie encore aujourd’hui l’ensemble des enseignants, des étudiants et des administratifs qui m’ont accompagnée avec beaucoup de professionnalisme et de sympathie au cours de cette très belle expérience. J’ai également eu la chance de contribuer à la naissance de plusieurs sociétés savantes, dont la Société Marocaine de Rhumatologie créée par le Pr Abdelhakim Tazi en 1977. J’y ai pourvu, ensuite, à la fonction de secrétaire générale pendant 6 ans, puis de présidente pendant 14 ans (après le Pr Abdelhakim Tazi et le Dr Abderrazak Guennoun). En outre, j’ai organisé les 14 premiers congrès de cette Société. J’ai également été membre fondateur de la Ligue Africaine des Associations de Rhumatologie (AFLAR) dont j’ai assuré le secrétariat général et la présidence pendant plusieurs années. Depuis mon départ en 2016 du secteur public auquel j’étais, et reste très attachée, j’ai eu l’opportunité et le plaisir d’apporter une contribution pédagogique et rhumatologique à l’Université Mohammed VI des Sciences de la Santé à Casablanca et à l’Université Internationale de Rabat. Ces expériences m’ont convaincues qu’il était possible d’envisager une mutualisation des compétences et des moyens à travers un partenariat public-privé de manière positive, ordonnée et sereine dans l’intérêt de notre pays. Je participe également aux activités de l’Académie Française de Médecine au sein de laquelle j’ai été élue en 2010.

Qu’en est-il de l’état des lieux de la rhumatologie et de la prise en charge des maladies rhumatismales au Maroc ?

Le Maroc connaît aujourd’hui une transition épidémiologique marquée par le poids des maladies chroniques (dont font, en grande partie, les maladies rhumatismales) qui pèse lourdement sur le budget des patients et de l’Etat. Améliorer la prise en charge des maladies rhumatismales en diminuant leur coût, c’est être d’abord en mesure de les diagnostiquer correctement de la manière la plus précoce possible et de les traiter très tôt pour éviter l’évolution vers le handicap. C’est aussi assurer une plus grande accessibilité aux traitements, notamment les plus essentiels, ce qui a particulièrement manqué aux patients pendant cette période de pandémie. Les responsabilités sont multiples et mériteraient d’être analysées au sein de l’ensemble du secteur de la santé. Parmi elles, figure l’insuffisance de la formation des professionnels de la santé s’intéressant aux pathologies rhumatismales et l’insuffisance du financement en faveur de la prise en charge de ces pathologies.

Comment se porte aujourd’hui le domaine de la recherche en général et celui sur les maladies rhumatismales en particulier au Maroc ?

En termes de recherche, la branche de la rhumatologie marocaine a contribué à la publication de plusieurs travaux nationaux et internationaux, ce qui lui a valu une collaboration avec de prestigieuses équipes internationales. De 2012 à 2015, j’ai également eu le privilège d’occuper la chaire Alzaidi pour la recherche en rhumatologie, de l’Université Umm Alqura de la Mecque. Cependant, comme pour beaucoup de disciplines, la recherche en rhumatologie souffre encore d’une insuffisance d’organisation, de financement, de motivation et d’application à l’échelle nationale. Le domaine de la recherche dans notre pays est un long sujet à débattre. Je souhaiterai cependant insister sur le fait que la recherche biomédicale ne représente pas seulement les « essais cliniques » qui sont en relation avec les médicaments mais également, et surtout, la recherche clinique qui serait en mesure d’améliorer la connaissance des maladies et les conditions de prise en charge des patients de notre pays.

En tant que présidente de l’Association Marocaine pour la Recherche en Rhumatologie et d’Aide aux Rhumatisants, pouvez-vous nous en parler plus en détails ?

Sur le volet associatif, je suis impliquée dans deux associations qui œuvrent en faveur des patients et de la recherche, en toute solidarité, éthique et indépendance. D’une part, l’association AMRAR (Association Marocaine pour la Recherche en Rhumatologie et d’Aide Sociale aux Rhumatisants) est née en 2003 suite au constat de l'importance des répercussions sociales et économiques de cette pathologie sur les patients, particulièrement le coût des traitements. De ce fait, l'AMRAR a contribué, modestement mais efficacement à la recherche en rhumatologie, à une époque où il était encore difficile de trouver des appuis. Depuis, une nette amélioration a été enregistrée dans le soutien à la recherche apporté par les universités et les académies, même si toutes les aides restent les bienvenues dans ce secteur sensible.

Cette association, que je continue de présider, reste pour nous un ciment moral mais aussi concrètement efficace que nous réactivons régulièrement chaque fois que nécessaire et les occasions dans ce sens ne manquent pas. On peut citer, à cet égard, la collaboration de l’AMRAR et l’AMPS (Association marocaine de lutte contre la polyarthrite rhumatoïde et les Spondyloarthropathies). D’autre part, l’AMPS a été créée en 2007 et fait partie des rares associations de patients en Rhumatologie. L’AMPS a été créée grâce à la collaboration du Dr Mohamed Saleh Bennouna, Rhumatologue à Casablanca, avec une femme d’exception, Mme Laila Najdi, qui en assure aujourd’hui la présidence. Mme Najdi, elle-même atteinte de la maladie, démontre de manière dynamique et assumée comment la volonté et la détermination peuvent vaincre la maladie et changer une vie. L’AMPS mène de nombreuses actions d’information en faveur des patients et mobilise régulièrement, dans ce but, les patients, les professionnels de la santé et les journalistes.

Elle assure également une écoute personnalisée aux malades et à leurs familles. L’AMPS s’est également fixée pour mission l’amélioration de la prise en charge thérapeutique et sociale des patients rhumatisants.

En ce contexte marqué par la pandémie de Covid-19, les patients atteints de maladies rhumatismales ont rencontré des difficultés, notamment quant à la prise de traitement antiinflammatoires. Que pouvez-vous nous dire de leur situation en cette période ?

La pandémie a fragilisé les patients rhumatisants en raison d’informations contradictoires, de manque de suivi et de médicaments. Ils ont été nombreux à arrêter les traitements anti-inflammatoires non stéroïdiens qui leur étaient nécessaires alors qu’il était conseillé de ne les suspendre qu’en cas de situation de doute ou de Covid-19 confirmée. La corticothérapie, elle, a été mieux gérée. Le manque réel a été celui des traitements de fond. Pour ne citer que ceux-là, les antipaludéens de synthèse, réquisitionnés pour le traitement de la Covid-19, n’ont été remis à disposition des patients rhumatisants, dans des conditions déterminées, que bien plus tard et le méthotrexate reste encore aujourd’hui indisponible. De ce fait, les rechutes ont été fréquentes.

Justement, pour mesurer l’étendue des conséquences de la crise sanitaire engendrée par l’épidémie de coronavirus, une étude a récemment été réalisée par le service de Rhumatologie B de l'hôpital El Ayachi, avec la collaboration de l’AMRAR et l’AMPS. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette démarche ?

La crise du coronavirus que nous vivons encore a fragilisé davantage les patients qui ont manqué de suivi, de médicaments et de visibilité. Cette crise a montré, tout de même, l’importance de la solidarité. La collaboration de l’AMPS à un véritable travail de recherche avec le service de Rhumatologie B de l'hôpital El Ayachi dirigé par le Pr Fadoua Allali et l’AMRAR en est un exemple. Ce travail portant sur les conséquences de cette crise sur les patients rhumatisants est en cours de publication.

Quelles sont vos recommandations pour améliorer la prise en charge des maladies rhumatismales au Maroc ?

Même s’ils sont encore largement insuffisants pour répondre aux besoins réels des patients et à la prise en charge des pathologies dont ils souffrent, les progrès réalisés en rhumatologie sont réels. Il ne reste qu’à souhaiter que la rhumatologie continue son développement dans l’intérêt des patients rhumatisants, en renforçant toutes les étapes fondatrices de son parcours et de sa construction, en faisant des choix rationnels au profit des patients, et ce, au meilleur coût afin de rendre accessibles les traitements pour le plus grand nombre. 

Dans la même rubrique

PR NADIA KADRI

PR NADIA KADRI

PSYCHIATRE, PSYCHOTHÉRAPEUTE ET SEXOLOGUE

Professeur de psychiatrie et praticienne au CHU Ibn Rochd, Nadia Kadri a fait de la santé mentale ...

Lire la suite

NAWAL CHRAIBI

NAWAL CHRAIBI

 Directrice générale de MAScIR 

Créée en 2007, la Fondation MAScIR, centre de recherche et développement en biotechnologie médicale, d...

Lire la suite

NAJIA HAJJAJ-HASSOUNI

NAJIA HAJJAJ-HASSOUNI

Ancien chef du service de Rhumatologie, Hôpital El Ayachi, Salé, CHU Rabat-Salé

Rhumatologue de renommée et membre de l’Académie Franç...

Lire la suite

LUIS MORA

LUIS MORA

Représentant au Maroc du Fonds des Nations unies pour la Population (UNFPA)

Présent au Maroc depuis 1975, le Fonds des Nations Unis pour la ...

Lire la suite

DR ZAKARIA HAFIANI

DR ZAKARIA HAFIANI

Chirurgien sénologue

Chirurgien sénologue spécialiste dans le traitement de la chirurgie des maladies du sein au Centre Moulay Youssef à C...

Lire la suite

Dr Abdelkrim Moumen

Dr Abdelkrim Moumen

Pneumologue et président de l'APPM et de l'APPRR

 

 Doctinews N°132 MAI  2020

Lire la suite

Copyright © 2020 Doctinews.

All rights reserved.