NAWAL CHRAIBI

NAWAL CHRAIBI 08 octobre 2020

 Directrice générale de MAScIR 

Créée en 2007, la Fondation MAScIR, centre de recherche et développement en biotechnologie médicale, développe des kits de diagnostic moléculaire de certaines maladies infectieuses et cancéreuses au Maroc et en Afrique, ainsi qu’une plateforme dédiée aux médicaments biosimilaires. Récemment, MAScIR a annoncé le lancement de la production d’un kit de diagnostic du Sars-CoV2/ Covid-19 « 100 % marocain ».

 

 Doctinews N°136 Octobre 2020 


Nawal CHRAIBI

 Directrice générale de MAScIR 


 Doctinews.  Depuis le début de cette pandémie, comment MaScIR a accompagné les efforts pour la lutte contre ce virus ?

Nawal Chraibi.  Comme vous le savez, le COVID-19 a été qualifié de pandémie par l'OMS le 12/03/2020. Constatant l'accélération de la contamination par le virus dans le monde, la communauté internationale a été appelée à renforcer son système de surveillance, à mieux protéger les centres hospitaliers et à détecter massivement les cas positifs afin de ralentir, voire arrêter la chaîne de transmission du coronavirus SARS-CoV2/ COVID-19.    L’équipe de biotechnologie médicale de la Fondation MAScIR a pris l’initiative, en s’appuyant sur son expertise en matière de développement et de mise au point de kits de diagnostics – tuberculose, leucémie, hépatite C, cancer du sein HER2 etc. –d’apporter sa contribution à travers le développement d’un test de détection du virus SARS-CoV2/ COVID-19 par la méthode de référence RT-PCR, pour répondre au besoin national en matière d’innovation et de sécurité sanitaire. 

Pouvez-vous nous présenter plus en détails le projet Moldiag ? 

Moldiag est une startup créée par MAScIR en 2016 et qui est spécialisée dans les diagnostics moléculaires. Le développement du kit de diagnostic du Covid 19 a été réalisé par l'équipe de biotechnologie médicale de MAScIR mais la production se fait au niveau de Moldiag, habilitée pour ce type d'activités. Nous avons pris tout ce temps, trois mois depuis la conférence tenue en juin, pour préparer la startup Moldiag afin de se lancer dans la production des Kits.  Le coût de l’investissement consenti pour ce projet se situe aux alentours de 20 MDH en équipement de laboratoires. Ces 20 MDH ont permis de doter Moldiag des équipements et des installations nécessaires pour automatiser la production (Machines RT PCR, les viabilisations, les étiqueteuses, contrôle qualité, sécurité de la chaine logistique…). Ceci dans l’objectif d’arriver à une capacité de production d’un million de tests par mois. 

  Sur quelle méthode d'analyse se base le kit développé par MAScIR ?

Le test MAScIR est un test basé sur la technologie de RT-qPCR pour l’amplification et la détection des gènes.  Le mix du test mis au point et développé par les équipes de la Fondation MAScIR est unique par sa composition, ses caractéristiques et sa sensibilité démontrée par rapport à celle des autres kits utilisés en routine dans les laboratoires de validation.   Il correspond à un mix constitué essentiellement de cinq composants : Deux enzymes, à savoir la Taq DNA polymérase et la reverse transcriptase (RT) en plus du tampon de réaction optimisé à MAScIR.   Puis, on retrouve des amorces et sondes nécessaires pour la détection spécifique d’un contrôle interne (CI) de réaction ( ce CI est breveté par MAScIR), ainsi que des amorces et sondes nécessaires pour la détection d’une région de la séquence du gène de la spicule S du virus de SARS-coV2/COVID-19.  (Les trois composants susmentionnés sont spécifiques par leur design et leur combinaison au kit-test MAScIR). Les autres composants consistent en des amorces et sondes nécessaires pour la détection d’une région de la séquence du gène de l’enveloppe E ainsi que les amorces et sondes nécessaires pour la détection d’une région de la séquence du gène de l’ARN polymérase ARN-dépendant (RdRP) mises au point par l’institut Pasteur Paris.  

Concrètement, combien de tests pourront être réalisés quotidiennement et pour quelle durée ?

Visez-vous une augmentation de la production ?  Nous avons une capacité de production d’un million de tests par mois. Cette capacité est évolutive en fonction des conditions du marché. Dès que nous aurons de la visibilité sur une planification, on s’adaptera. On peut à tout moment dépasser le million mensuellement en dupliquant les lignes de production. Nous pourrons ainsi, atteindre jusqu’à 5 à 6 millions de kits par mois.  L’investissement de base qui a été consenti permet une montée en charge relativement simple et rapide par rapport à la volumétrie.  Il y a un investissement de base incontournable autour duquel se construit l’industrie. Cet investissement de base n’est pas linéaire. Une fois réalisé, il suffit de rajouter quelques lignes et quelques équipements pour augmenter les capacités de production. Notre ambition est d’automatiser au maximum.    

Vous avez obtenu la validation du kit de diagnostic par le CDC africain à travers l'Institut Pasteur de Casablanca. Quelles sont vos ambitions dans ce sens ? 

En effet, le test MAScIR a été soumis à une dernière validation qui est celle de l'institut pasteur de Casablanca, représentant officiel du CDC Africain. Ceci nous conforte dans notre position et volonté de voir notre kit distribué et commercialisé en Afrique.  D'ailleurs, courant juillet 2020, des laboratoires de 3 pays africains ont pu tester notre kit et ont confirmé son haut niveau de performance et de fiabilité.  Nous sommes également en plein processus pour obtenir le marquage CE pour le marché européen.

Y a-t-il d’autres projets sur lesquels travaille MaScIR actuellement ? 

MAScIR dispose d’une plateforme technologique et 3 pôles de recherches : Biotechnologie, Microélectronique et Matériaux. Nos projets de recherche adressent plusieurs domaines : l’agriculture, l’énergie, la santé, le transport, les mines et le développement durable. Pour rester dans le domaine de la santé, nous avons deux axes de recherche au niveau de la biotechnologie médicale : Le développement des kits de diagnostic moléculaire et des médicaments. Au niveau du pôle microélectronique, nous avons des projets qui portent sur la télémédecine, les Lab On Card et les dispositifs médicaux en général.   

MAScIR est aujourd’hui un exemple parlant du développement du « Made in Morocco ». Comment le Maroc peut promouvoir davantage le produit national ? 

Cette période difficile que nous vivons a permis de révéler des potentiels et des gisements non exploités. Nous espérons que le cas « MOLDIAG » permettra de construire une stratégie nationale pour promouvoir le « Made in Morocco » et valoriser les résultats des projets de recherche et d’innovation au niveau des universités, écoles d’ingénieurs, entreprises…  Cette stratégie devra s’articuler sur deux points. Le premier point consiste en une commande publique qui exprime le besoin pour orienter la R&D et qui favorise le « Made in Morocco » à travers une première commande. Ensuite, des fonds qui apportent un soutien aux entreprises et start-up dans la prise de risque liée à la valorisation ou la mise sur le marché d’un nouveau produit (R&D, prototypage, certification…).    

Quels sont, à votre avis, les obstacles qui se dressent encore face à l’innovation au Maroc ? 

D’abord, il faut définir l’innovation dont a besoin le Maroc par rapport à notre tissu économique et nos moyens. Aussi, il faut disposer de procédures administratives adaptées à l’état d’esprit de la R&D et de l’innovation en particulier, si on vise des innovations qui ont pour finalité la création de valeur ajoutée et l'arrivée sur le marché d'un produit innovant. 

 

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