Vaccination

Vaccination 25 juin 2020

DES ACQUIS ET DES DÉFIS

La vaccination est, à n'en point douter, l'une des plus belles réussites des temps modernes. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), elle permet chaque année de prévenir entre 2 et 3 millions de décès liés à des pathologies infectieuses dans le monde.

 Doctinews N° 133 JUIN 2020

Au Maroc, la vaccination a permis de protéger des millions d'enfants contre les maladies à prévention vaccinale. Ainsi, grâce au Programme National d'Immunisation (PNI), le pays n'a enregistré aucun cas de poliomyélite ni de diphtérie depuis respectivement 1987 et 1991. De plus, il est le premier pays de la Région de la Méditerranée Orientale (EMRO) à avoir validé l’élimination du tétanos néonatal en 2002. Par ailleurs, les cas de méningites dues à l’Haemophilus influenza de type b ont baissé de 85 %.

Des progrès considérables

Le succès du PNI au Maroc peut être attribué à plusieurs facteurs. Selon le Pr Oumlil Mina, pédiatre et exenseignante à la Faculté de médecine de Casablanca, la gratuité des vaccins et leur disponibilité dans les différentes régions du Royaume est l'une des raisons qui expliquent les chiffres élevés de la couverture vaccinale au Maroc. « Lors de la première visite des parents à la structure de soins qui assure la vaccination, les professionnels de santé leur présentent le calendrier vaccinal et insistent sur l'importance capitale de la vaccination », a-t-elle expliqué. Elle a en outre insisté sur l'importance de la vaccination des bébés âgés de moins de deux ans contre les maladies infectieuses et des rappels tous les cinq ans. Pour le Pr Abderrahmane Abid, ex-chef de service des maladies infectieuses à l’Hôpital d'enfants de Casablanca (Abderrahim Harouchi) et membre de la Société Marocaine d'Infectiologie Pédiatrique et de Vaccinologie (SOMIPEV), le bénéfice de la vaccination est avéré. Pour ce spécialiste, qui était également enseignant à la Faculté de médecine pendant 25 ans, l'instauration de la vaccination a permis de baisser drastiquement les décès des enfants liés aux pathologies infectieuses et leurs complications. « Grâce à la vaccination, les maladies infectieuses ont beaucoup baissé chez les enfants. A titre d'exemple, nous ne rencontrons presque plus de cas de méningite à Haemophilus alors qu'auparavant, le pays enregistrait entre 150 et 200 cas par an. De même, les cas de coqueluche, de rougeole, des diarrhées à rotavirus et des infections à pneumocoque ont beaucoup baissé », a-t-il indiqué. Pour pérenniser le succès des programmes de vaccination, le Pr Abid a insisté sur l'importance de la sensibilisation de la population aux bénéfices de la vaccination et au respect du calendrier vaccinal.

Ne pas interrompre la vaccination

Le ministère de la Santé a d'ailleurs appelé les parents et les tuteurs d’enfants ou de nourrissons à ne pas interrompre la vaccination durant l'épidémie du Covid-19. Ainsi, il a expliqué que les activités de vaccination sont maintenues dans les centres de santé du Royaume et dans les cabinets médicaux privés. Selon le Pr Mohammed Bouskraoui, président de la Société Marocaine d'Infectiologie Pédiatrique et de Vaccinologie (SOMIPEV) et Doyen de la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Marrakech, la poursuite de la vaccination des enfants est très importante car le report ou l’omission des vaccins prévus exposent aux risques des infections infantiles courantes telles que les maladies à pneumocoque, la rougeole et la coqueluche. « La plate-forme d’information et de consultation sur les vaccins et la vaccination au Maroc « Infovac-Maroc » considère qu'il est primordial de maintenir l'ensemble des vaccins obligatoires des nourrissons jusqu’à l'âge de 18 mois dans le contexte de l’épidémie de COVID-19. Les autres vaccins recommandés pour les enfants au-delà de l’âge de 2 ans et les rappels peuvent être différés jusqu'à la levée des mesures de confinement », a-t-il expliqué.

Le Dr Said Afif, président d’Infovac Maroc, de l’Association Casablancaise des Pédiatres Privés, de la Société Marocaine des Sciences Médicales et du Collège Syndical National des Médecins Spécialistes Privés, a lui aussi insisté sur l'importance de la poursuite de la vaccination durant la pandémie. « Depuis l'apparition des premiers cas du Covid-19, nous avons constaté que les parents avaient peur de faire vacciner leurs enfants dans les structures de santé publiques ou les cabinets des pédiatres privés. Infovac Maroc a alors réagi en publiant un communiqué qui met en garde contre les risques d'interruption de la vaccination chez les nourrissons âgés de moins de 18 mois même pendant de courtes périodes et qui pourrait entraîner une accumulation d'individus sensibles et une probabilité plus élevée de flambées des maladies évitables par la vaccination », a-t-il expliqué. Le ministère a, pour sa part, diffusé une circulaire portant sur les risques d'interruption de la vaccination pendant la pandémie de Covid-19 et a lancé une campagne de sensibilisation pour inciter les parents à continuer à faire vacciner leurs enfants dans les structures de soins publiques et les cabinets médicaux privés, tout en instaurant des mesures organisationnelles et préventives afin de protéger les enfants, les parents et les agents de santé contre le Covid-19, conformément aux procédures en vigueur.

Eviter le cancer du col de l'utérus

Outre la protection contre certaines maladies infectieuses et leurs complications chez les nourrissons et les enfants, le Dr Afif a expliqué que la vaccination permet aussi de prévenir des maladies très lourdes chez les personnes adultes, notamment le cancer du col de l'utérus. Ce type de cancer, qui est du au papillomavirus humain (HPV), est le deuxième cancer qui touche la femme au Maroc après le cancer du sein et constitue donc un véritable problème de santé publique. La vaccination anti-HPV peut actuellement s’effectuer chez les pédiatres du secteur libéral mais pas dans les structures de soins publiques. Le ministère de la Santé avait annoncé que le vaccin contre l'HPV pourrait être introduit dans le secteur public, mais avec l'apparition de la pandémie du Covid-19, cette question est actuellement en suspens. « Il est très important de faire vacciner les petites filles contre cette maladie si nous voulons les protéger des drames que cause le cancer du col de l'utérus. Les études scientifiques qui ont été menées dans différents pays du monde ont montré que le vaccin anti-HPV permet de protéger les filles pendant plus de 10 ans. Nous verrons par la suite s'il sera nécessaire de refaire d'autres injections ou se limiter aux deux injections que nous faisons actuellement dans le privé au Maroc pour les filles âgées de 11 ans. Par ailleurs, selon l'AMM du vaccin, il est même possible de vacciner les filles à partir de 9 ans à raison de deux injections espacées de 6 mois.

Pour les filles âgées de plus de 14 ans, nous pouvons leur administrer deux injections espacées d'un mois avec un rappel 6 mois après », a indiqué le Dr Afif. Il est à souligner que même si la vaccination n'est pas obligatoire au Maroc, le taux de couverture vaccinale atteint 95%, contrairement à la France par exemple qui, pour améliorer son taux de couverture, a dû rendre obligatoires 11 vaccins chez les nourrissons. Par ailleurs, l’avènement de la pandémie Covid-19 a clairement montré l'intérêt majeur de la vaccination dans la lutte contre les pathologies infectieuses. Elle reste le meilleur moyen pour lutter contre les maladies infectieuses à prévention vaccinale qui étaient auparavant responsables d'innombrables décès. Il appartient aux différents acteurs impliqués dans les programmes de vaccination d’œuvrer main dans la main pour pérenniser son succès. 

 

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