COVID-19

COVID-19 10 septembre 2020

RETOUR D’EXPÉRIENCES DES RÉANIMATEURS SUR LA PANDÉMIE

La Société marocaine d'anesthésie, d'analgésie et de réanimation (SMAAR) a organisé un webinaire sous la thématique « Retour d’expériences et visions croisées des réanimateurs de la pandémie Covid-19 », le 15 juillet dernier.

Cette conférence en ligne se voulait comme une mise au point où les intervenants sont revenus sur leurs expériences respectives et sur les enseignements tirés de la crise sanitaire. Ainsi, les débats se sont penchés sur l’expérience du comité national de la SMAAR dans la gestion de cette crise, mais aussi sur l’expérience du secteur public, l’expérience universitaire ou encore celle du secteur privé.

Des besoins pressants 

Pour ce qui est du secteur public, l’épidémie de covid-19 a véritablement mis à l’épreuve toute l’organisation sanitaire, en particulier les dispositifs de détection épidémiologique et de prise en charge hospitalière. Cette dernière a nécessité la mobilisation de 46 établissements hospitaliers pour l’isolement des malades. Ce nombre a été porté à 72 établissements, parmi lesquels 11 ont été dédiés exclusivement aux cas covid. Et un total de 13456 lits d’isolement a été consacré à l’hospitalisation en isolement des malades. En parallèle, 35 centres de consultations ont été mis en place pour l’accueil des cas possibles et 3 centres d’appel pour le dialogue avec les malades. 642 lits de réanimation ont également été dédiés aux soins critiques au niveau des CHP, CHR et CHU (en plus des hôpitaux militaires et des cliniques privées). Il est à noter que la mise en place de ce dispositif a nécessité la réduction très significative des activités de soins routinières de tous ces établissements hospitaliers. En outre, la pandémie de covid-19 a fait resurgir les besoins pressants du secteur public de l’hospitalisation dans au moins cinq domaines d’interventions et de capacités prioritaires pour le secteur, à savoir la capacité d’hospitalisation en isolement des cas possibles et des cas confirmés, la capacité de prise en charge du secteur des soins critiques, la capacité de diagnostic et de dépistage des laboratoires hospitaliers, la capacité de réponse et de coordination entre les secteurs ambulatoires et hospitaliers, ainsi que la capacité de réponse du système national des urgences médicales. En cela, un renforcement des capacités des hôpitaux publics en matière de réponse aux urgences de santé publique de portée internationale (USPPI) apparaît comme une nécessité. Dès lors, une des actions prioritaires devant être inscrite dans les plans d’action gouvernementaux est celle relative à la mise en place des capacités en chambre d’isolement à hauteur de 15%. La thématique du dépistage a également été soulevée dans le cadre d’un tour de table des expériences de différentes régions du Maroc (Salé, Beni-Mellal, Marrakech, Tanger…). Un retour d’expérience universitaire a, en outre, été à l’ordre du jour, notamment à travers l’expérience de l’université au niveau du CHU de Marrakech.

Le secteur privé engagé

Ensuite, un bilan de réanimation a été présenté par le Pr Bouderka My Ahmed, président de l'ANCP du Grand Casablanca, qui a exposé les efforts du secteur privé dans la lutte contre le coronavirus. Ces efforts se sont traduits notamment par la participation de deux cliniques à la prise en charge des patients covid (Anoual et Vinci). Il a donc fallu équiper les établissements hospitaliers, puis mobiliser les ressources humaines. Les intervenants se sont accordés à dire que cette étape était la plus ardue. L’autre volet assuré par le secteur privé a été la prise en charge des urgences hors covid qui ont été étendues à 12 cliniques de la ville, en plus de la clinique des Princes qui a assuré la prise en charge des patients tuberculeux. Les cliniques Yasmine et Ghandi se sont, quant à elles, occupées de la partie obstétricale. Sans oublier la prise en charge psychiatrique des patients covid et de leur entourage avec la mise en place d’une cellule spécialement dédiée à ce volet. En conclusion, les leçons retenues de cette crise dans le secteur privé ont été positives à travers la confirmation d’un partenariat public-privé fort ainsi qu’une facilité à mobiliser les ressources matérielles (locaux, médicaments, matériel). Toutefois, des points négatifs ont été identifiés, à savoir la pénurie en ressources humaines, une faible qualification en réanimation, la vulnérabilité des cliniques, la couverture médicale des médecins praticiens du privé et une rupture de médicaments et de fongibles médicaux, particulièrement les benzodiazépines, ce qui constitue encore aujourd’hui un problème épineux.

Optimiser les ressources

Par ailleurs, les intervenants ont été unanimes dans leur appel à la nécessité absolue d’optimiser les ressources médicales et para médicales, sans les disperser. Dans ce sens, ils ont aussi soulevé le manque de ressources en réanimation mais aussi le rôle important joué par certains collaborateurs à l’instar des infirmiers-anesthésistes qui ont collaboré aux cotés des médecins anesthésistes réanimateurs tout au long de cette crise. Pour Abdelghani Drhimeur, Chef de la Division de l’Information et de la Communication du ministère de la Santé, il s’agit aussi de reconsidérer la fonction publique de santé en prenant en compte deux points essentiels : la motivation des ressources humaines et leur fidélisation. Ceci passe par la définition de parcours de carrière et une attractivité plus importante pour pousser les jeunes médecins à se tourner vers des spécialités pointues comme la réanimation qui ne les séduit pas tant que cela. L’autre cheval de bataille pour le ministère est le groupement hospitalier de territoire qui nécessite une masse critique financière et des ressources humaines suffisantes pour lui garantir une autonomie. La problématique de la grande disparité entre les régions en termes de ressources et la fuite des médecins vers l’étranger ont aussi été abordées par ce spécialiste. 

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